Quand on commence à étudier le droit, on fait souvent des erreurs fatales pour notre réussite.
Ces erreurs fatales sont, en fait, liées à nos préjugés sur les études juridiques. On peut penser que la discipline est trop difficile, qu’il faut donc travailler dur et que les notes sont sévères. Si on a huit sur vingt, pensez-vous, c’est que vous n’avez pas le niveau. Quand on s’imagine un étudiant en droit, on imagine une personne avec des lunettes sur le nez, les bras chargés de ses codes juridiques et le tote bag débordant de son ordinateur et pochettes pleines de copies et de fiches.
Introduction
Quand on étudie le droit, on a tout de suite en tête l’idée de révisions interminables passées à son bureau. Des soirées passées le nez dans des livres épais avec des copies éclairées à la lumière de sa lampe de bureau. Souvent, on pense qu’un étudiant en droit sacrifie ses week-ends pour les révisions, son temps libre à la réussite de ses études.
En réalité, ce n’est pas toujours le cas. Dans cet article, je vais vous expliquer comment vous pouvez réussir vos études en vous organisant de la bonne manière. Je vous partage ici comment je me suis organisée dès la première année de droit (L1).
Afin que vous compreniez mieux ma méthode, nous allons commencer par clarifier les véritables attentes en études de droit (I) avant d’organiser notre semaine de travail en tant qu’étudiant (II).
Il est bien entendu inutile de vous expliquer pourquoi vous devriez vous organiser en droit. L’organisation est la formule secrète des bons étudiants qui ont compris les attendus. Ils n’ont pas besoin de passer leurs journées le nez dans un livre ou à réviser leurs cours. C’est ce qui différencie un étudiant qui réussit ses études d’un autre qui ne les réussit pas. Nous ne nous attarderons donc pas sur cette question dans cet article.
I. Les attentes à surmonter quand on étudie le droit
Quand on étudie le droit, on a tendance à s’attendre à ce que les attentes soient à peu près comme au lycée. Au début, la plupart des étudiants pensent, hélas à tort, qu’il faut recracher son cours. Or, cela n’est pas vrai. Vos professeurs et chargés de TD vous le répéteront dans tous les cours et séances de travaux dirigés (TD) que vous suivrez dès la première année.
En droit, on ne recrache pas des connaissances qu’on est incapable d’expliquer et donc, de comprendre.
En droit, on est capable de raisonner par soi-même, donc de penser seul. Les exercices juridiques (commentaires, dissertation et cas pratique) sont plusieurs versions différentes de cette réalité.
Les juristes, peu importe leur spécialisation, n’ont pas besoin de connaître par coeur textes de loi et jurisprudence qu’ils peuvent aller chercher à la source. En revanche, ils ont besoin d’être capables d’appliquer le droit au cas qui leur est soumis, de comprendre les principes juridiques fondamentaux, et de comprendre la raison d’être de tel arrêt, tel article de loi ou tel texte doctrinal.
En vérité, lorsque vous étudiez le droit, on n’attend pas de vous que vous ayez les compétences et les connaissances d’un juriste dès la première année. Vos études vous forment à comprendre la logique interne du droit, comment fonctionne le droit. La culture générale, est essentielle pour les juristes. Elle se gagne par la lecture, en écoutant des émissions culturelles à la radio (ex: France culture) ou en regardant des documentaires (ex: National geographic, Arte) par exemple.
Les compétences nécessaires à un juriste, vous les apprenez en pratiquant les exercices juridiques pour les travaux dirigés et en partiels, mais aussi et surtout par l’expérience sur le terrain.
Les années d’études servent à former vos compétences de futur juriste. Elles attestent de votre légitimité à exercer. Personne ne peut devenir juriste sans avoir reçu la formation nécessaire, par exemple. Vos années de licence sont essentielles car elles posent les fondations de votre éducation juridique. Dès la troisième année, vous commencez à vous spécialiser vers une branche du droit plus spécifique que vous poursuivrez plus tard en master.
Voyez les cours magistraux comme des éléments de culture juridique et, surtout en L1 et L2, de culture générale qui vous serviront dans l’exercice de votre future profession. Même si ça n’est pas évident au début, chaque cours magistral a un sens.
Considérez les travaux dirigés comme des séances de tutorat. Les chargés de TD sont soit des doctorants soit des professionnels qui pratiquent déjà une activité professionnelle. N’hésitez pas à leur poser des questions sur leur métier s’ils en ont un. Les copies de TD sont ramassées afin de suivre vos progrès. Les galops d’essai et les partiels, bien souvent, évaluent votre capacité à respecter la méthode des exercices juridiques.
En effet, si vous voulez réussir en droit, le respect des méthodes est primordial. Elle compte pour la moitié de la note et permet de rendre visible votre raisonnement. C’est ce dernier qui est attendu par le correcteur. Si vos titres et sous-parties sont cohérents avec le sujet et votre problématique, ce n’est pas bien grave que votre développement soit peu développé. Mieux vaut quatre pages réussies que dix incomplètes ou hors sujet. Et en première année, rendre quatre pages d’un raisonnement structuré et logique est parfaitement normal.
II. Organiser sa semaine pendant les études
Une fois que vous avez compris les attendus en droit, vous savez aussi que travailler la méthode est plus important qu’apprendre par coeur vos cours magistraux. Ceux-ci sont des apports complémentaires. Ils permettent aux étudiants de comprendre les principes et autres bases fondamentaux du droit. Plutôt que de réciter par coeur votre cours, il vous suffit de comprendre les principes et autres concepts qu’on vous enseigne et d’être capable de les expliquer avec vos propres mots (c’est-à-dire de les définir sans citer Google).
La semaine, pendant les cours, la priorité devient de d’abord noter les notions que vous n’arrivez pas à comprendre. Par exemple, dans vos notes, vous surlignez le principe (« valeurs constitutionnelles » par exemple) pour comprendre qu’une fois rentré chez vous, vous devriez commencer par revoir cette notion afin de mieux la comprendre.
Lorsque vous avez des trous ou des demi-journées de libre, avancez sur vos séances de travaux dirigés. Faites des fiches d’arrêt (elles vous permettent de comprendre la méthode du commentaire d’arrêt, car une fiche d’arrêt c’est pratiquement l’introduction de ce devoir) ou de documents.
Ces fiches vous permettront de participer aux séances de TD et même quand vous vous trompez, vous gagnerez quand même des points de participation. En règle générale, il est normal de passer entre six et huit heures sur les séances de TD entre les fiches et les exercices. Vous pouvez faire en sorte d’y passer deux heures par jour dans la semaine en dehors de vos cours, que ce soit chez vous ou à la BU.
Pour ce qui est des cours, dès que vous comprenez la matière, vous n’avez pas besoin d’apprendre vos notes par coeur y compris aux partiels. Ce qui compte, c’est que vous soyez capable de comprendre votre cours et les notions qu’on vous y enseigne. L’important, donc, c’est de réserver environ trente minutes à une heure par jour, à peu près, pour revoir le soir les cours du jour. Les professeurs préparent souvent des examens qui correspondent à leur cours.
Ce que je veux dire, c’est que vos points forts resteront vos points forts autant en cours magistral qu’en partiel.
Vos révisions doivent rester concentrées sur vos points faibles – les cours où vous avez du mal à suivre le professeur, les séances de travaux dirigés…
De plus, lorsque vous comprenez ce qu’attendent de vous les correcteurs, vous savez donc d’ores et déjà où concentrer votre énergie: méthode, raisonnement, compréhension des notions et principes. Les articles juridiques et la jurisprudence sont progressivement introduits année après année, semestre après semestre.
L’idée, pour bien s’organiser, est d’aller à l’essentiel. Travaillez vos points faibles, préparez vos séances de TD et pratiquez la méthode juridique. Cela vous assure des points bonus.
Le week-end, vous pourrez ainsi vous accorder facilement des soirées en boîte de nuit ou devant Netflix. Vous pourrez sortir avec vos amis ou vous autoriser des sorties à la plage ou ailleurs. La majorité du travail aura déjà été faite.
Même vous avez des difficultés, vous n’aurez besoin que de revoir vos cours les plus complexes et de terminer vos séances de TD. Ou bien de réviser la méthode des exercices juridiques et les attentes du correcteur.
Partez du principe que vous aurez toujours la même charge de travail, tout au long de vos études et même durant votre carrière professionnelle (ce sera d’ailleurs bien pire à ce moment-là, surtout si vous devenez avocat ou magistrat par exemple).
Etalez vos tâches les plus lourdes sur plusieurs journées et faire les plus courtes en une seule fois vous permet de vous offrir un week-end plus léger. Sans vous en apercevoir, vous serez d’ailleurs plus prêt que vous ne le pensiez pour les partiels en fin de semestre. Pensez comme un investisseur: chaque fois que vous préparez les travaux dirigés, participez en séance, ou comprenez une notion, vous vous rapprochez davantage de la possibilité de réussir votre semestre. Pensez « un petit pas pour moi, un grand pas demain ». Votre travail paie davantage qu’on ne le pense – il est juste invisible.
Donnez à votre correcteur ce qu’il attend… Et préparez-vous à lui donner ce qu’il veut.
Dès lors, préparez votre semaine de sorte que vous ayez autant de temps libre que possible. Allez à l’essentiel.
Le travail plus important que c’est gratifiant, du moins au début. Plus vous travaillez pendant le semestre, moins vous aurez besoin de réviser vos partiels. Le plus gros sera déjà fait.
Quel est mon système de révisions en études de droit?
Mon système n’est pas une formule magique. Ce n’est pas en expliquant des méthodes de productivité que je vous aiderai à réussir vos études.
Afin de réussir ses études, la première étape consiste à comprendre les attentes du correcteur. Il s’agit de respecter les exigences en études de droit. Orthographe, clarté de la copie, plan apparent, respect de la méthode (afin de comprendre votre raisonnement)…
Ensuite, il s’agit de se connaître soi-même. Quels sont les cours que vous avez du mal à suivre? Combien de temps avez-vous besoin pour préparer une séance de TD? Comprenez-vous bien comment fonctionne la méthode juridique? Avez-vous bien compris les notions et principes juridiques essentiels que vous transmettent vos profs? Où sont vos points faibles, mais aussi vos points forts? Cela vous permet tout de suite de savoir où vous devriez investir votre temps et votre énergie pendant votre semestre.
Enfin, quand vous étudiez le droit, vous devez comprendre comment fonctionne la notation des profs. Elle n’a rien à voir avec la notation du lycée, c’est pourquoi parfois on peut parler de « notation juridique » puisqu’elle est spécifique. Le correcteur note votre raisonnement, le respect de la méthode, la qualité de la copie. Avoir huit sur vingt, c’est encourageant: vous avez compris le devoir, mais devez revoir la méthode. Avoir douze, c’est une bonne note en droit (l’équivalent de 16/20 au lycée: vous avez rarement cette note sans réels efforts).
Et surtout, c’est courant de redoubler son année ou de la passer aux rattrapages et d’avoir quand même derrière une belle carrière professionnelle. Echouer aux examens la première fois ne dit rien de votre valeur. Au contraire, c’est courant et certains de vos professeurs, pourtant éminents, ont probablement validé un semestre au rattrapage ou redoublé leur première année, ce qui est plus courant qu’on ne le pense.
Lorsque vous vous organisez dans la semaine, pensez d’abord à comment réussir votre année et pourquoi vous voulez le faire. Une fois que vous savez ce que vous devriez préparer pour réussir aux partiels, alors vous avancez dans le droit chemin. Et parfois, les efforts ne deviennent visibles qu’après des mois de travail. Si vous souhaitez continuer à étudier le droit, valider certaines épreuves aux rattrapages ou redoubler votre première année (ou les deux, ce qui arrive parfois)
Note finale
En réalité, il n’existe pas de système d’études « parfait », et ce surtout en droit.
L’objectif de cet article est de vous montrer que réussir ses études, c’est être capable d’organiser son travail (je veux dire par là ses révisions) à partir de ses points faibles.
En première année, on commence toujours par découvrir la méthode et s’habituer à l’appliquer aux exercices des travaux dirigés. Mais on découvre aussi de nouvelles notions, de nouveaux principes.
Au sortir du lycée, le droit est, pour la plupart des étudiants, une nouvelle matière que seuls certains bacs technologiques ont enseignée.
Chacun est différent. Donc chacun a besoin de son propre système selon ses difficultés. Parfois, vous partez avec plus de boulets que vos camarades étudiants. Mais à force de travail, vous réussirez.
Quand je parle de « travail »…
En droit, on ne « bachote » pas. On ne relit pas ses notes dans l’espoir vain de les comprendre.
En droit, préparer ses examens, c’est comprendre la méthode. C’est comprendre ce qu’attend le correcteur dans votre copie. Et c’est comprendre les principes et notions de base qu’on vous enseigne dès les premiers cours.
C’est difficile au début, mais après plusieurs semaines, on commence à acquérir de bons réflexes. Cela a été mon cas. Au début de mes études, j’avais autant de mal que les autres à comprendre ce qu’on attendait de moi en tant qu’étudiante. Mais mes efforts ont payé, et mes notes ont suivi. Ce qu’il m’a fallu accepter, c’était les premières semaines de travail invisible dont les résultats sont devenus visibles plus tard.
Vous pouvez le faire.
Votre système de révisions dépend de ce que vous avez besoin de travailler. De vos difficultés. Culture? Méthode? Connaissances? Un peu de tout?