La discipline peut être abordée par la philosophie car elle aborde plusieurs concepts centraux de celle-ci. Liberté, formation du sujet, pouvoir, maîtrise de soi…
Mais celle-ci n’est pas seulement une règle extérieure ou une habitude pratique, elle est aussi un principe structurant l’action humaine.
Introduction
La discipline est mentionnée partout. Remise au goût du jour par le développement personnel, déformée par les réseaux sociaux, elle est devenue la figure de proue de nombreux influenceurs et nouveaux entrepreneurs.
Ce principe n’est ni l’apanage des hommes, ni celle des élites, ni celle de l’organisation et de la productivité. En réalité, la discipline est une vertu, une compétence que tous peuvent maîtriser.
C’est la discipline qui forge les grands hommes et les grandes femmes. Et c’est toujours elle qui organise les civilisations.
Dans cet article, nous allons envisager ensemble la discipline comme un concept philosophique. Car celle-ci, en somme, est aussi un art de vivre.
Nous allons commencer par observer ses différentes concepts philosophiques (I) puis nous discuterons de la vision de la notion actuelle de discipline (II) avant d’observer sa mise en pratique simple et efficace au quotidien(III).
1) Les différentes visions de la philosophie
La discipline et la liberté
Lorsqu’on parle de discipline, un paradoxe classique apparait souvent dès les premiers échanges. En effet, cette notion semble prompte à restreindre la liberté. Cela peut être vrai, mais elle peut également rendre la liberté possible.
Sans discipline, l’individu agit selon ses impulsions immédiates.
Avec celle-ci, il devient capable d’organiser ses actions vers une fin choisie.
Par exemple, dans la tradition stoïcienne d’Epictète et Marc-Aurèle, la discipline est une technique de libération intérieure. Elle permet d’apprendre à gouverner ses passions pour rester maître de soi.
La discipline est donc l’une des réponses à la question philosophique classique suivante:
Comment l’être humain peut-il devenir libre?
Et c’est en cela que lier ensemble ces deux notions peut paraître paradoxal au premier abord.
La discipline et la formation du sujet
La philosophie morale considère souvent que l’individu ne naît pas pleinement rationnel. Il le devient par l’expérience et la volonté.
Chez Emmanuel Kant, la discipline est perçue comme une étape fondamentale de l’éducation.
Dans ses Réflexions sur l’éducation, il explique qu’elle sert à limiter la sauvagerie naturelle et à préparer l’individu à vivre selon la raison.
Autrement dit, la discipline est aussi un processus de civilisation intérieure.
La discipline et le pouvoir
Dans la philosophie contemporaine, une nouvelle approche de la discipline apparaît.
Dans son livre Surveiller et punir, Michel Foucault observe qu’elle peut devenir un instrument de pouvoir social. En effet, les institutions modernes (écoles, armée, prisons, hôpitaux) utilisent des techniques disciplinaires: surveillance, organisation du temps, normalisation des comportements…
Dès lors, elle devient une technologie politique du corps et des comportements.
La discipline et la vertu
Dans l’éthique classique de la philosophie, et notamment chez Aristote, la discipline correspond à la formation d’habitudes vertueuses. Pour le philosophe antique, la vertu n’est pas seulement une connaissance morale, mais une disposition acquise par la répétition. En d’autres termes, la vertu se pratique.
Ainsi, le courage, la tempérance et la persévérance se construisent par un entraînement moral.
Et cet entraînement moral, c’est la maîtrise de soi.
2) La discipline contemporaine
La discipline et la productivité
Aujourd’hui, les plateformes spécialisées en développement personnel avancent que la discipline est l’un des concepts fondamentaux de la productivité et de l’organisation des professionnels et des étudiants. Cependant, beaucoup de plateformes la considèrent comme une notion évoquant la torture mentale et poussant au burn-out. Certains entrepreneurs et influenceurs ont donc commencé à évoquer une productivité du bien-être.
Or, la discipline vise la construction morale des individus. Par la répétition d’une structure quotidienne ou d’habitudes propres à chacun, nous pouvons devenir notre propre idéal. Au travail ou dans nos études, conserver une certaine structure est obligatoire, y compris pour les entrepreneurs et indépendants. Cette structure facilite l’organisation de nos journées de travail et l’accomplissements de nos objectifs personnels.
Dès lors, il est bon de rappeler que la discipline n’est pas associée de facto à la souffrance. Elle n’impose pas à un individu de sacrifier sa santé, physique comme mentale, au nom du travail. En revanche, elle implique de se connaître soi-même.
Etre discipliné, c’est être productif et efficace, certes.
Mais c’est aussi connaître nos limites et savoir se reposer.
La discipline et les réseaux sociaux
De même, les réseaux sociaux (TikTok, Youtube, Instagram les premiers) relaient des contenus viraux qui parlent parfois de la discipline. Or, la plupart de ces contenus n’ont aucune fondation sérieuse ou bien sont créés à partir d’études dépassées depuis longtemps ou mal réalisées/mal interprétées.
Certains posts viraux et certaines vidéos Youtube relaient parfois un discours similaire. Certains créateurs de contenu répètent, hélas, la parole d’autres influenceurs. Parfois, le courant masculiniste utilise la « discipline » pour attirer les jeunes garçons et les intéresser. En effet, certains contenus donnent envie, pour un regard non-averti, d’appliquer les habitudes vantées par ce type d’influenceurs.
Malheureusement, les réseaux sociaux présentent une vision dénaturée du véritable sens de la discipline. Celle-ci permet d’accomplir ses objectifs, de devenir la personne qu’on aimerait être. Jamais cette notion ne cautionne la violence idéologique ou la souffrance mentale.
En revanche, elle permet aussi de connaître ses limites.
C’est être capable de se rendre plus fort afin de lutter contre les injustices.
3) Pratiquer la discipline
La discipline mentale
La discipline mentale, c’est être capable de corriger son schéma de pensée et de penser ses propres valeurs. Elle implique une forme de méta-cognition – c’est-à-dire d’identifier la façon dont on pense.
Par exemple, en examinant ses propres pensées, il arrive que l’on puisse réaliser avoir des pensées qui ne nous correspondent pas. En psychologie, on parle d’intériorisation narratrice. Par exemple, un enfant qui a été élevé dans une famille particulièrement marquée par la scarcité de l’argent (soit par le manque des ressources) peut croire que l’argent est rare, source de conflits, et que vouloir une meilleure vie est hors de sa portée.
Parfois, modifier son schéma de pensée est donc libérateur. Libérateur de fausses croyances internalisées dans l’enfance. Libérateur d’idéologies traditionnelles et violentes qui ne sont pas les notres.
Mais la force mentale, ce n’est pas seulement ça.
C’est aussi être capable de se refuser volontairement un plaisir immédiat (comme le dernier Iphone par exemple) pour un avantage futur (par exemple, utiliser l’argent du futur Iphone pour bâtir une épargne de sécurité).
La discipline mentale, c’est également être capable de réguler ses émotions et de rester, ainsi, maître de soi. En identifiant nos propres émotions, nous devenons capables de réduire l’impact qu’elles ont sur nous et de rester en possession du contrôle de nos propres pensées et actions sur l’instant.
La discipline physique
La discipline physique, c’est être capable de structurer ses journées afin de maintenir un cadre de vie adapté à la vie en société. Dans un sens plus individuel, la structure des journées permet aussi à chacun de se diriger vers l’accomplissement de ses objectifs personnels grâce à une trajectoire morale définie.
Bien sûr, ce n’est pas seulement cela.
En développement personnel, elle peut indiquer la capacité d’autrui à prendre soin de soi-même. Par exemple, elle se révèle dans le choix des vêtements qui vous mettent à l’honneur, le soin accordé à la peau, à l’hygiène (buccale, cuir chevelu, odeur corporelle) et au maquillage dans certains cas.
A l’armée, la discipline physique se traduit par l’obéissance à ses supérieurs et à un entraînement militaire de fer. Elle oblige à un mode de vie sain et à une hygiène exemplaire (la chambre des soldats est impeccable). Les soldats apprennent à se battre et à dépasser leurs limites en se préparant pour le champ de bataille.
La discipline est une philosophie
En définitive, la discipline dépasse largement la simple notion de contrainte ou de règle.
C’est une manière cohérente de penser, d’agir et d’organiser sa vie.
En d’autres termes, elle est un système de principes qui orientent le comportement humain.
De nombreuses traditions philosophiques comme celle de Marc-Aurèle (entre autres) concevaient depuis l’Antiquité la discipline comme la condition de la vraie liberté. La vraie discipline consiste également à maîtriser ses désirs, ses réactions et ses impulsions.
Outre cela, la discipline permet de former le caractère de l’être humain. Pour Aristote, la discipline est une vertu qui se pratique par l’habitude et l’entraînement. Elle permet à la raison de diriger l’action.
La discipline permet le retardement d’une récompense, et permet de vivre la philosophie au quotidien. En effet, elle permet de vivre de manière ordonnée, de gouverner ses actions par des principes et de transformer ses intentions en habitudes.
Et en cela, la discipline est une philosophie.